dimanche 15 juillet 2012

The third world (Fringe)

The third wolrd

Pour ceux qui connaissent, je précise : l'histoire ci-dessous se déroule dans un troisième univers parallèle, les héros de la série ne sont donc pas présents... Enfin si mais c'est pas eux, c'est leurs doubles.



Peter ne fut absolument pas surpris quand la rame de métro s’immobilisa en plein tunnel. Ça arrivait tout le temps, tous les jours, toute l’année. Plusieurs fois, à bout de patience, il avait quitté son train par une fenêtre brisée pour rentrer à pied. D’ailleurs, pour être honnête, c’était ce qu’il aurait déjà dû faire depuis longtemps, parce que c’était quand même la quatrième fois que la rame s’arrêtait en l’espace de deux stations. Mais quelque chose, ou plutôt quelqu’un l’en empêchait…
Peter avait huit ans, mais, selon les jours, on lui en donnait parfois jusqu’à douze. Ça n’était pas par rapport à son apparence : physiquement, il ressemblait à n’importe quel enfant de huit ans. Certes, ses vêtements étaient vieux et abîmés, un peu trop grands pour lui, et sa tignasse en vrac lui donnait un air de sauvage. Du reste, il portait une sacoche râpée en bandoulière, en guise de cartable, avait les yeux vifs, se mouchait dans sa manche et chassait les pigeons à coups de pieds. Rien de très particulier, en somme.
Ce qui le retenait dans le train à l’arrêt, ce jour là, c’était un sourire surmonté de deux yeux brillants. Lesquels appartenaient à une fillette qui devait avoir à peu de chose près le même âge que lui, peut-être un peu moins, et qui était assise à quelques mètres de lui, dans le même wagon, avec sa mère et sa sœur. Il ne souvenait plus si c’était elle ou lui qui avait commencé à regarder l’autre. À un moment, il avait croisé son regard et elle avait souri. Il avait souri aussi et baissé les yeux, pour les relever quelques secondes plus tard et échanger un autre sourire. Le jeu durait ainsi depuis déjà près d’un quart d’heure. Je te regarde, tu ne me vois pas. Tu me vois, je souris, tu souris, je ne te regarde plus. Tu me regarde, je te regarde, on sourit, on ne se regarde plus.
Il regarda sa montre. Il commençait à se faire tard, et il soupira, levant les yeux au ciel. Il entendit de petits rires étouffés et se retourna vers la jolie fille. Elle parlait à voix basse à sa petite sœur en le regardant, une main devant sa bouche, et les deux fillettes riaient tout bas. Il ne se vexa pas, il leur sourit. Elles étaient mignonnes toutes les deux, même si elles ne se ressemblaient pas tout à fait. Décidant que, quitte à rester coincé là encore un moment, autant s’occuper, il se leva et se faufila entre les voyageurs las pour s’approcher des deux petites filles. Il ne savait pas encore ce qu’il allait dire mais il avait envie de leur parler, surtout à l’aînée, celle qui avait le même âge que lui. Elles le regardaient jouer des coudes pour s’approcher d’elles. Il était tout près à présent, alors il ralentit, soudain un peu intimidé. Il ne savait plus si c’était une bonne idée. Elles se moquaient peut-être de lui, tout compte fait, tout à l’heure…
Il n’y eut pas de signe avant coureur, aucun avertissement. Personne ne se mit subitement à hurler, la terre ne trembla pas. D’un coup, alors que personne ne s’y attendait, il y eut un bruit terrible et le train explosa.
Ce fut l’impression de Peter, mais en fait le train n’explosa pas vraiment. La bombe devait se trouver dans la tunnel, à moins que la surface ne soit, une fois de plus, en proie à un bombardement –ce qui expliquerait les arrêts à répétition de la rame-, et l’explosion avait fauché plusieurs wagons et provoqué beaucoup de dégâts. Peter s’envola sans trop savoir où il allait ni même s’il serait vivant quand il atterrirait. Il cria peut-être, mais il ne s’en rendit pas compte. Il pensa brièvement à la jolie fille et sa sœur, qui n’étaient plus dans son champs de vision. Tout cela ne dura qu’une fraction de seconde, et il heurta violemment le sol, ou du moins la partie du train qui se trouvait vers le bas, désormais.
Quand il ouvrit les yeux, ils se demanda s’il avait perdu connaissance et, si oui, combien de temps avait duré son évanouissement. Sûrement pas très longtemps, car la majorité des passagers du train se trouvaient encore grosso modo à l’endroit où ils étaient quand l’explosion avait eu lieu. Nombre d’entre eux étaient couché dans des positions bizarres, couverts de sang, et ne bougeaient plus. Une partie du toit du wagon s’était écroulé et plusieurs bras et jambes dépassaient des débris. L’explosif, quel qu’il fut, avait dû se trouver très près de leur wagon : plusieurs sièges et passagers avaient été projeté dans tous les sens par le souffle de l’explosion et une partie de la cloison de gauche avait disparue, remplacée par un trou béant.
Peter se redressa précautionneusement sur les genoux. A priori, il était intact, ce qui était une bonne nouvelle, et sa sacoche était toujours là. Ce qui l’ennuyait un peu, c’était qu’il n’entendait plus rien. Il y avait pourtant des gens qui criaient, pleuraient ou gémissaient, des câbles arrachés pendaient du plafond en crépitant, des lampes clignotaient et des bouts de métal plus ou moins carbonisés pleuvaient encore un peu, par endroit. Il se demanda s’il était devenu sourd. Si c’était le cas, il y avait de quoi paniquer, mais ça n’était guère le moment, le petit garçon en avait pleinement conscience.
Son premier réflexe, une fois sur ses pieds, fut de chercher des yeux la jolie petite fille de tout à l’heure ainsi que sa sœur. Il repéra cette dernière en premier et se dépêcha de regarder ailleurs en réprimant un haut-le-cœur : son cadavre avait été épinglé contre une cloison par un bout de métal pointu. S’efforçant au calme, Peter attendit que les battements de son cœur ne retrouvent un rythme normal avant de se décider à regarder de nouveau dans la direction de l’enfant morte. Il s’attendait au pire. Quand il retrouva enfin la petite fille qui mobilisait son attention alors qu’il aurait plutôt dû chercher à se mettre à l’abris, il frémit : elle était étendue sur le sol, inconsciente, le visage tâché de sang. Ses jambes étaient enterrées sous des monceaux de débris. Peter n’hésita pas une seule seconde : serrant sa sacoche contre lui, il se faufila entre les corps et les débris, passa devant la fillette morte sans la regarder et se laissa glisser sur les genoux, près de la blessée. Avec beaucoup de précautions, pour ne pas aggraver ses blessures, il chercha son pouls, dans son cou, geste qu’il avait vu faire cent fois au cours de sa vie, que ce soit à la télé ou dans la réalité. Il fut soulagé de sentir un faible battement, sous ses doigts. Se penchant en avant, il approcha son oreille du nez et de la bouche de l’enfant, et l’écouta respirer. Il voulu lui parler pour vérifier si elle était consciente, s’empara de sa main, demanda :
- Eh ! Ça va ?
Il n’entendit pas le son de sa propre voix. Il commença à avoir peur.

Quand Walter Bishop se présenta à l’hôpital Ste Catherine, il était dans un état d’inquiétude proche de l’hystérie. Il joua des coudes pour s’approcher du comptoir, où une foule de proches inquiets se pressaient, s’y agrippa d’une main pour ne pas en être éjecté, et de l’autre tira de la poche intérieur de sa veste sa carte de membre du gouvernement.
- Je cherche mon fils, Peter Bishop.
- Bien sûr, Monsieur Bishop, vous le trouverez dans le couloir d’arrivée du bloc opératoire numéro douze.
Décidant qu’il serait toujours temps de s’inquiéter de la présence de son fils dans le couloir d’un bloc opératoire, Walter remercia la jeune femme qui l’avait informé d’un signe de tête, se laissa repousser hors du groupe vociférant et se mit à courir, ne s’arrêtant qu’à deux reprises pour demander son chemin.
Il fut passablement soulagé de trouver son fils de huit ans sagement assis sur un fauteuil, devant une porte épaisse à double battant. En dehors de quelques pansements sur le visage et les mains, le petit garçon ne semblait pas blessé. Sa sacoche et son manteau étaient posés sur le sol, à côté de son siège.
- Peter !, cria Walter, à qui le soulagement faisait oublier qu’il se trouvait dans un hôpital.
Son inquiétude remonta en flèche quand il constata que son fils ne semblait pas l’avoir entendu.
- Peter !, répéta-t-il en se plantant devant lui.
L’enfant leva le nez, lui fit un immense sourire et se jeta dans ses bras ouverts.
- Oh, tu m’as fait peur, soupira Walter en le serrant très fort contre lui, caressant ses cheveux emmêlés et pleins de poussière. Mais que s’est-il passé ?
Comme l’enfant ne pipait mot, il le repoussa un peu pour le regarder en face et articula soigneusement :
- Peter, est-ce que tu m’entends ?
- J’entends rien de ce que tu dis !, hurla son fils.
- Ne cris pas, ne cris pas, j’ai compris.
- Monsieur Bishop ?
Une infirmière, qu’il n’avait pas entendu arriver, se tenait auprès d’eux. Son sourire rassura Walter sur la gravité des blessures de son fils.
- Surdité temporaire ?, demanda-t-il tout de même, pour être sûr.
- Oui, c’est exactement ça. Ça devrait lui passer sous quelques heures, au plus tard d’ici demain. Sinon il faudra nous le ramener. Mais en dehors de ça, il n’a que quelques bleus et contusions.
- Je vous remercie, Mademoiselle.
- Mais il n’y a pas de quoi. Je vous amener la décharge, ne bougez pas.
Tandis qu’elle s’éloignait, Walter ramassa le sac et le manteau de Peter. Il fut surpris de voir le petit garçon se rasseoir sur son siège et il lui jeta un coup d’œil interrogateur.
- On peut pas s’en aller !, dit l’enfant, en criant à moitié. On peut pas laisser l’autre fille toute seule !
Walter fouilla ses poches, en quête d’un carnet et d’un stylo, et écrivit :
De quelle fille est-ce que tu parles ?
- Elle était dans le métro avec sa mère et sa sœur, mais elles sont mortes toutes les deux ! Quand elle va se réveiller elle va être toute seule !, expliqua Peter, en désignant la double porte du bloc.
Walter comprit enfin ce que son fils faisait là. Il écrivit sa réponse :
Les médecins et les infirmières vont s’occuper d’elle et prévenir sa famille, tu n’as pas à t’inquiéter.
- Je veux rester là pour savoir si elle va bien !
Walter allait argumenter quand l’infirmière revint avec le formulaire, qu’il remplit et signa rapidement.
- Dîtes-moi, Mademoiselle, savez-vous qui est opéré, derrière cette porte ?
- Une petite fille que l’on a trouvé en même temps que votre fils. Il était avec elle quand les pompiers sont arrivés, et il leur a désigné sa mère et sa sœur, toutes deux décédées, malheureusement. Ensuite il a tenu à monter dans la même ambulance qu’elle et il l’a suivi jusqu’ici, mais le docteur ne l’a pas laissé entrer dans le bloc. Il ne voulait pas bouger, alors je l’ai soigné ici, ce qui n’était pas plus mal dans la mesure où nous sommes débordés.
- Vous savez s’ils en ont pour longtemps ?
- Je n’en sais rien, mais je peux me renseigner, si vous le souhaitez.
- Oui, s’il-vous-plaît.
Elle repartit vers le couloir, avec la décharge signée. Avec un soupir, Walter se laissa tomber sur une chaise, à côté de son fils, qui lui jeta un regard plein de gratitude.

L’enfant s’appelait Olivia Dunham. Sa mère et sa sœur étaient sa seule famille, elle n’avait personne d’autre. Ses jambes avaient été gravement abîmées, et le chirurgien avait fait ce qu’il avait pu. Il ne garantissait pas qu’elle remarche normalement, un jour. Ennuyé, le personnel de l’hôpital se préparait à avertir les services sociaux.
Peter et son père avaient attendu dans le couloir du bloc pendant plusieurs heures avant que la fillette n’en ressorte. Le médecin avait été surpris de les trouver là.
- Mais tu es encore là, toi ? Tu vas la suivre jusqu’où, comme ça ?
Peter, qui retrouvait progressivement l’ouïe, avait réussi à répondre sans crier, cette fois :
- Comment est-ce qu’elle va ?
- Elle dort, et ça va sûrement durer une partie de la nuit, si ce n’est jusqu’à demain. Pourquoi, tu la connais ?
Tout en parlant, ils suivaient la petite fille et les infirmiers qui faisaient rouler son lit à travers l’hôpital, en quête d’une petite place dans une chambre ou un couloir. Les lieux ne désemplissaient pas, depuis plus de cinq ans que leurs vies avaient plongé dans le chaos.
- Non, je la connais pas. Mais elle va avoir peur quand elle va se réveiller. Ça serait mieux que y ait une tête qu’elle connaît, non ?
- Je ne sais pas. Peut-être.
« Peut-être » devint « sûrement » quand il s’avéra qu’il n’y avait pas de famille à prévenir. Après quelques tentatives vaines pour convaincre son fils de rentrer à la maison se reposer et de revenir prendre des nouvelles de la petite fille le lendemain, Walter se résigna à passer la nuit sur place et descendit chercher de quoi manger au rez-de-chaussée. Quand il remonta, on avait apporté deux chaises supplémentaires dans le couloir où l’on avait laissé le lit de la petite Olivia, faute de place ailleurs. Peter s’était précautionneusement assis sur le bord du matelas.
- Tu ne serais pas un tout petit peu amoureux, fils ?, demanda le savant, amusé.
- Dis pas de bêtise, je la connais pas.
- Tu ne la connais pas et on va camper dans l’hôpital pour ne pas qu’elle se réveille en terrain complètement inconnu. Si ça ce n’est pas de l’amour, je ne sais pas ce que c’est…
Peter descendit du lit et s’approcha de son père.
- Ils vont faire quoi, les services sociaux ?
L’homme haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Il faudrait déjà qu’ils trouvent le moyen d’envoyer quelqu’un, ils sont débordés aussi. S’ils viennent, je suppose qu’ils essaieront de la caser dans une famille d’accueil ou dans un foyer. À condition qu’il y ait de la place, là aussi.
- Elle va se retrouver toute seule…
- C’est malheureux, mais oui, sans doute.
Peter hocha la tête d’un air triste. Puis il la releva.
- Y a de la place à la maison.
- Pourquoi je savais que tu allais dire ça ?
- T’arrête pas de dire qu’au point où on en est, si personne ne fait aucun effort, tout le monde va mourir.
- Tu réalises que tu es en train de me demander d’adopter une petite fille que nous ne connaissons ni toi ni moi ?
- Ce serait pas juste de la laisser toute seule. Elle a plus personne, Walter.
Le pire, songea Walter, c’était qu’il avait raison, et qu’il y aurait sûrement pensé tout seul, en fin de compte. La solidarité humaine, voilà ce qui les sauverait tous. Ça, un miracle et une énorme dose de chance. Chaque jour, Walter attendait le retour de Peter avec angoisse, et chaque seconde de retard lui était une torture. Il pleuvait des bombes, des attentats avaient lieu partout, des incendies se déclaraient, on pillait des magasins. Walter, comme beaucoup d’autres, s’était réfugié avec son fils dans le vaste réseau d’abris antiatomiques souterrains qui courrait sous la ville. Il avait été construit à l’époque de la guerre froide, mais n’avait jamais servi à autre chose qu’à stocker du matériel militaire. Les gens étaient venus s’y abriter par petits groupes, puis s’étaient organisés pour éviter que les pilleurs et les casseurs qui sévissaient en surface ne les envahissent. Désormais, les entrées étaient gardées. On avait bricolé des pass pour que les résidents puissent aller et venir, et quand une nouvelle famille souhaitait s’abriter à son tour, on vérifiait qu’il restait la place, et on laissait passer. Tout le monde n’avait pas connaissance de l’existence des abris souterrains, et certaines personnes préféraient garder leurs maisons et leurs affaires, ou bien fuir la ville, plutôt que d’aller se réfugier sous la terre.
Dans ce que ses résidents appelaient désormais la Ville d’en-bas, on se serrait les coudes, on s’agrippait les uns aux autres, on se donnait un coup de main. La solidarité y était grande. Un jour, une explosion avait démoli un croisement de tunnels, on avait fini par en faire une vaste place ou se tenait un marché perpétuel. On y trouvait tous les produits de première nécessité, fruits d’un vaste trafic avec la surface. La Ville d’en-bas était un refuge, presque un Eldorado pour qui vivait dans le cauchemar de la surface. On avait donné des armes à ceux qui gardaient les entrées, et doublé le nombre de rondes.
Alors oui, Walter trouvait ça juste. Cette pauvre gosse allait déjà être suffisamment traumatisée par l’annonce de décès de sa famille, sans compter l’état de ses jambes. Elle ne survivrait probablement pas à être confiée aux services sociaux. Après tout, qu’est-ce que cela lui coûterait de jeter un second matelas sur le sol, dans la chambre de Peter, à côté du sien ? Qu’est-ce que cela lui coûterait de mettre un troisième couvert à leur table, de s’inquiéter pour deux enfants au lieu d’un seul ? Peu, par rapport au bien que lui et on fils pouvaient faire à cette petite fille, en ne l’abandonnant pas à son sort.

Voilà. C’était comme ça que tout avait commencé. Olivia était venue vivre avec eux, à sa sortie de l’hôpital. Elle n’avait rien dit quand Walter le lui avait proposé, se contentant de hocher la tête, en silence. Peter avait poussé lui même son fauteuil roulant jusqu’à chez eux –ça n’était que temporaire, dans un mois elle pourrait se déplacer avec des béquilles. Ils n’avaient presque pas entendu le son de sa voix. Elle avait à peine réagi quand on lui avait annoncé la mort de sa famille, et qu’on lui avait expliqué l’état de ses jambes. Le pédopsychiatre qui l’avait vu brièvement, en urgence entre deux consultations, avait expliqué à Walter que c’était normal, une histoire de contrecoup. Elle ne réalisait pas encore vraiment ce qui lui arrivait, c’était trop soudain, elle fondrait en larmes plus tard.
Il s’était écoulé du temps, beaucoup de temps avant que la fillette ne sorte de son mutisme. Walter avait eu peur qu’elle finisse par devenir muette. Il avait toujours adoré les enfants. Quand il avait épousé sa femme, ils en voulaient beaucoup. La naissance de Peter avait été le plus beau jour de leur vie… Puis le chaos s’était emparé de leur monde, et le temps de faire des enfants était passé. La mère de Peter était morte au cours des premières années de folie. Alors Walter avait rassemblé tout l’amour qu’il avait pour sa femme, tout l’amour qu’il était prêt à donner aux enfants qu’ils auraient pu avoir ensemble, il avait rassemblé toute cette tendresse, et il l’avait donné à son fils unique. Parfois, il se contenait : il aimait tellement Peter qu’il avait peur de l’étouffer. Dans le fond, la présence d’Olivia allait peut-être leur faire un peu de bien, à eux aussi.
Il eut la patience d’un ange avec elle. Elle mangeait très peu, presque rien, alors il prenait le temps de cuisiner toutes sortes de plats et de gâteaux différents, cherchant sans cesse à lui redonner l’appétit. Lui et Peter finissaient la journée complètement épuisés, car il la passait à faire les idiots pour tenter d’arracher ne serait-ce qu’un sourire à la fillette, complètement amorphe les trois quarts du temps. Peter avait décoré sa chambre en tendant des filets au mur et en y collant des posters représentant des paysages fabuleux. Des colliers de coquillages pendaient le long de la porte. Ces temps-ci, pendant son temps libre, il fouillait le marché clandestin, en quête d’un hamac à tendre entre les murs de sa chambre. Il s’était au moins attendu à ce qu’Olivia ouvre de grands yeux en découvrant sa tanière. Elle n’avait pas bronché. C’est à peine si elle avait remarqué qu’elle avait changé de pièce. Le soir, il ouvrait un atlas et lui montrait les voyages qu’il voulait faire et les pays qu’il voulait visiter, ou bien Walter venait s’asseoir entre leurs deux matelas avec un livre et leur faisait la lecture.
Un bon mois était passé depuis qu’Olivia vivait avec eux, quand les premières larmes vinrent enfin, au grand soulagement de Peter. Il se réveilla pendant la nuit en l’entendant sangloter. Il fut d’abord désemparé, se demandant s’il convenait d’appeler Walter, ou s’il valait mieux faire semblant de dormir. Il finit par couper la poire en deux en se levant de son lit pour venir s’agenouiller auprès d’elle, de la même façon qu’il s’était agenouillé dans le métro détruit, après l’explosion. Hésitant, il posa sa petite main sur son épaule.
- Olivia ?
Elle ne répondit rien de prime abord. Puis, tâchant tant bien que mal de réprimer ses sanglots, elle balbutia :
- Je vais bien…
Mais elle n’arrivait pas vraiment à s’empêcher de pleurer, et elle enfouit son visage dans l’oreiller pour le lui cacher. Ça ne fonctionna pas. Il hésita encore, puis se glissa dans son dos, sous la couverture, et passa un bras autour de ses épaules.
- T’inquiète pas, ça va aller, tu verras.
Elle ne répondit rien mais agrippa ses doigts et continua de pleurer. Il dormit avec elle, cette nuit là. Ce ne fut pas la dernière fois. Mais cette crise de larmes fut le début de la renaissance de la fillette. Elle retrouva graduellement la parole, l’appétit vint un peu plus lentement. Une plaisanterie, parfois, lui tirait l’ombre d’un sourire. Elle retourna à l’école, se mit à suivre Peter dans les tunnels de la Ville d’en-bas. La vie semblait vouloir reprendre son cours…

vendredi 13 juillet 2012

Inauguration par Being Human

Halloween

Et on commence avec une mini-fic sur l'univers de Being Human : La Confrérie de l'étrange. J'ai écris ça tout récemment (en fait, j'ai mis le dernier point y a pas cinq minutes...), alors que je suis en plein deuil de mon personnage préféré (vous me trouverez pathétique si je vous dis qu'il m'arrive de pleurer dans mon oreiller juste en y repensant ? Oui ? Alors je ne vous le dis pas.). N'hésitez pas à commenter, surtout ! Il y aura peut-être une suite, et très probablement une fic plus longue pour expliquer tout ce qui s'est passé avant.


 
Marco était très fier de son déguisement. Il avait passé énormément de temps à le préparer. Il avait fabriqué le masque lui-même, et pour le reste il s’était servi de vieux vêtements qu’il avait déchirés, salis et rapiécés. Il était déguisé en Frankenstein. À présent, il se cachait derrière un arbre et attendait que Simon et Daniel ne se pointent. Il avait dans l’idée de surgir dans leurs dos en criant « Bouh ! » et de leur flanquer une belle frousse. Ça serait marrant. Après, ils iraient récolter des bonbons avec les autres, et ils devaient finir la nuit chez Simon, à se raconter des histoires effrayantes en dévorant leur butin. Ça allait être un Halloween d’enfer, il le savait !
La soirée commença plutôt mal : Daniel et Simon arrivèrent derrière lui sans qu’il ne les voit, et c’est lui qui sursauta, finalement. Bon, pour ça c’était raté. Mais ce n’était pas grave ! Ils allaient faire peur à plein de gens et beaucoup s’amuser. Marco inspecta les costumes de ses copains. Simon était en squelette, avec le masque de Scream sur le visage, et Daniel avait visiblement essayé de se déguiser en vampire : il avait de fausses dents dans la bouche et une cape noire. Ils se moquèrent un peu les uns des autres, comme d’habitude, même si Marco savait bien qu’ils étaient très impressionnés.
- Venez, dit Simon. Il faut qu’on se dépêche, sinon il n’y aura plus de bonbons pour nous !
Ils se précipitèrent sur la première porte venue, sonnèrent à plusieurs reprises et hurlèrent :
- Des bonbons ou une farce !, à l’instant où la porte fut ouverte.
Les habitants des lieux éclatèrent de rire et les couvrirent de sucreries. C’est passablement ravis qu’ils poursuivirent leur tournée.
À minuit, Simon suggéra qu’ils rentrent chez lui pour finir la soirée dans sa chambre. Marco tournait sur lui-même, cherchant une dernière maison à visiter avant de finir leur tournée.
- Là !, s’exclama-t-il soudain.
Elle était parfaite : une vieille enseigne en métal grinçait en se balançant à cause du vent, et il n’y avait pas de lumière. La parfaite maison hantée !
- T’es fou !, l’arrêta Daniel en lui agrippant le bras. Il faut pas enter là ! De toute façon, y a personne, tu vois bien que y a pas de lumière !
- T’as la trouille ?, railla son copain.
- Il a raison, intervint Simon. Maman m’a toujours dit de ne pas m’approcher de cette maison. Il paraît qu’elle est habitée par un cinglé
- C’est des histoires, poursuivit Daniel. Moi je suis sûr qu’elle est hantée. Je passe devant, parfois, et la porte d’entrée s’ouvre toute seule. Moi je m’en approche pas…
- Moi non plus, renchérit Simon.
- Bande de trouillards !
Marco eut soudain une idée pour les convaincre, et il se tourna vers eux avec un immense sourire.
- Très bien, alors. Ce sera le défi de cette année !
Chaque année depuis qu’ils fêtaient Halloween ensembles, les trois petits garçons mettaient l’un d’eux au défi de faire quelque chose d’effrayant. L’an passé, Marco était allé roder dans le cimetière, sans lumière, et il avait même fini par s’y perdre. L’année d’avant, Simon s’était laissé enfermé dans un musée, après la fermeture. Daniel se mit à trembler.
- Non… Non, j’veux pas…
- Tu peux pas refuser !
- C’est vrai, acquiesça Simon, soulagé que ça ne soit pas son tour. C’est la règle. Un défi par an, chacun son tour. C’est Marco qui s’y est collé, l’année dernière, alors c’est à lui de choisir ton défi.
- Mais c’est pas mon tour…
- Si !, s’exclama Marco. L’an dernier c’était moi, celle d’avant c’était Simon. Alors maintenant c’est ton tour ! Mais peut-être que tu es un dégonflé… ?
- Non !, s’écria aussitôt Daniel.
- Oh, allez, soupira Simon. Tu n’as qu’à aller sonner à la porte et réclamer des bonbons. Dans le pire des cas, le propriétaire t’enverra te faire voir.
- Et si personne répond ?
- Alors casse un carreau et entre par une fenêtre, décida Marco, qui était impossible à arrêter quand il avait une idée en tête. Vole quelque chose, n’importe quoi, pour prouver que tu l’as fait. On le laissera sur le perron pour montrer qu’on est honnêtes. Et ensuite on pourra aller chez Simon.
Daniel regardait autour de lui en frissonnant. Il se faisait tard. La rue était presque déserte, les derniers enfants rentraient chez eux. Ils seraient bientôt tout seul devant cette grand maison effrayante, et en plus il faisait froid. Et il connaissait suffisamment Marco pour savoir qu’il ne le lâcherait pas tant qu’il n’aurait pas relevé le défi. Alors autant en finir le plus vite possible… Dans une heure, ils seraient chez Simon.
- D’accord, souffla-t-il.
- Génial !, s’exclama Marco en lui tapant l’épaule. On va s’asseoir sur le banc, là-bas, avec Simon, comme ça on peut te surveiller.
- Dépêche-toi, on crève de froid, ici, ajouta Simon, avant de s’éloigner à la suite de son ami.
Daniel les regarda prendre place sur le dossier du banc, les pieds sur les planches. Puis, il prit une profonde inspiration, se retourna et s’approcha du portail. Il se souvenait que, un ou deux ans auparavant, il y avait eu une arrestation, ici. La police était venue nombreuse, des hommes avec des fusils et des tasers étaient entrés, on avait collé des banderoles devant la porte. Il était à l’école quand ça s’était produit, mais le lendemain, tout le monde en parlait dans la cour, et Marco avait tenu à ce qu’ils passent devant la maison, en rentrant chez eux, « juste pour jeter un coup d’œil ». Le petit garçon frissona et s’efforça de ne pas y penser tandis qu’il s’avançait dans l’allée qui menait à la porte d’entrée.
- Pitié, faîtes que quelqu’un vienne ouvrir, s’il-vous-plaît, s’il-vous-plait, chuchotait Daniel.
Il ferma les yeux au moment d’appuyer sur la sonnette, et il l’entendit résonner dans les entrailles de la maison. Il attendit patiemment. Il fut soulagé d’entendre une porte grincer, quelque part, et le craquement des marches de l’escalier, bien qu’aucune lumière n’ait été allumée. Peut-être y avait-il une panne de courant…
Au bout de cinq minutes, il dut bien se rendre à l’évidence : personne ne viendrait lui ouvrir. Pourtant, il était sûr d’avoir entendu quelqu’un, et la dernière chose dont il avait envie c’était d’entrer par une fenêtre et de se faire surprendre. Prenant son courage à deux mains, il donna un second coup de sonnette, un peu plus long que le précédent.
- S’il-vous-plaît, s’il-vous-plaît, s’il-vous-plaît…
Il piétinait, dans le froid. Mais la porte ne s’ouvrit pas. Hésitant, il tourna la tête, espérant presque que Marco et Simon lui feraient signe de les rejoindre et qu’ils s’en iraient sans insister davantage. Mais ses deux copains le regardaient, toujours assis sur leur banc, et Marco lui fit même signe de se bouger. Avec un profond soupir, le petit garçon s’éloigna de la porte et s’approcha d’une fenêtre. Elle était bien entendu fermée, et le store était même tiré à l’intérieur. Se baissant, l’enfant ramassa une pierre assez grosse et, protégeant son visage avec un bras, il la jeta dans la vitre. Ça fit un bruit d’enfer en passant au travers, cassant le store au passage. Daniel tremblait. S’il faisait vite, il devrait avoir le temps d’entrer, prendre n’importe quoi au hasard, et ressortir.
- Pitié, pitié, pitié…
Il se servit de sa cape de vampire pour ne pas se couper en traversant la fenêtre brisée, et il écarta avec les mains les restes du store. Il y avait un canapé juste sous la fenêtre, il s’y laissa tomber, puis sauta à terre. Il faisait noir. Il avait peur de ne pas retrouver la fenêtre, s’il s’en éloignait. Mais comment ferait-il pour trouver quelque chose à voler ? Inspirant profondément, il fit quelques pas dans la pièce. Ses yeux s’habituaient progressivement à l’obscurité, et il commençait à distinguer les contours des meubles. Il devait y avoir des bibelots sur les étagères, peut-être une tasse oubliée sur une table, il lui suffirait de tendre la main… Il avança encore, devinant mieux qu’il ne voyait les obstacles : une table basse, un fauteuil, une télévision, une chaise… Un peu de lumière devait filtrer par une fenêtre de l’étage, lui permettant de distinguer l’escalier… Il y avait quelque chose dans l’escalier… Était-il possible qu’un objet quelconque y soit tombé et que personne ne l’ait ramassé ? Décidé à en avoir le cœur net, et profitant de ce que son entrée semblait n’avoir alerté personne, il s’avança, les mains en avant pour s’aider. Quand il réalisa qu’il n’y avait pas quelque chose, mais quelqu’un dans l’escalier, il en était désormais trop proche pour échapper aux mains qui se saisirent de lui.

Simon et Marco faillirent tomber de leur banc quand un hurlement jaillit de la maison hantée.
- C’était Danny ?, demanda Simon.
À l’intérieur, il y eut un bruit d’objet brisé, puis de chute. Simon et Marco échangèrent un bref regard. Puis, sans se concerter, ils bondirent de leur banc et détalèrent à toutes jambes, chacun dans une direction différente. À neuf ans, on n’est pas tenu d’être excessivement courageux.

- Nom de Dieu, Annie, tu peux m’expliquer comment il a pu entrer ?
Daniel ne savait pas ce qui lui faisait le plus peur : l’homme qui le tenait par le col de sa veste et avait une main plaquée sur sa bouche, ou le fait que cet homme soit visiblement en train de parler tout seul ?
- Je sais que la porte est fermée, mais tu es descendue quand il a sonné, tu n’as pas vu qu’il attaquait la fenêtre ?
Daniel recommença à se débattre. La main qui était plaquée sur sa bouche le lâcha, mais l’autre resta fermement agrippée à sa veste. Quand la lumière s’alluma d’un coup, il fut si ébloui qu’il dut garder les yeux fermés pendant plusieurs secondes.
- Il ne devrait pas être là… Il faut qu’il parte tout de suite !
- D’accord, j’vais partir, j’vais partir, pardon, pardon…, balbutia l’enfant.
- Bon, je te lâche, alors. Mais si tu te remets à crier et à courir, je t’attache, c’est clair ?
Il hocha désespérément la tête, voyant toujours trop flou pour faire le point sur le visage de l’homme qui l’avait attrapé. Il fut infiniment soulagé de sentir la prise qui le tenait se desserrer jusqu’à le lâcher complètement.
- Ouais, c’est sûr que c’est ironique…
- À qui vous parlez ?, demanda Daniel.
Il parvenait enfin à voir ce qui l’entourait. Il se trouvait toujours au pied de l’escalier. L’homme était assis sur la première marche. Il était pieds nus, portant juste un jean et un débardeur noir. Il semblait partagé entre l’agacement et un certain degré de peur. Daniel se demanda s’il était possible qu’il eut peut de lui…
- À personne, répondit-il. Je parle tout seul. On t’a pas dit que y avait un dingue qui habitait ici ? Qu’est-ce que tu fous là ? Pourquoi t’as cassé la fenêtre ?
- Je… Je… C’était un défi…
Il s’attendait à toutes sortes de réaction, mais certainement pas à celle-là : l’homme se leva brutalement, le faisant reculer, et s’exclama, presque triomphant, et s’adressant visiblement au mur :
- Ah ! Tu vois ! Je t’avais dit que ça arriverait, j’en étais sûr ! Ça pouvait pas louper !
Prenant son courage à deux mains, Daniel s’efforça de faire le point sans paniquer : il avait réussi à entrer dans la maison, s’était fait surprendre par un propriétaire visiblement complètement fou, mais qui ne semblait pas avoir l’intention de lui faire du mal. Prenant son courage à deux mains, il osa demander, songeant qu’il n’avait pas grand chose à perdre :
- Monsieur, je peux prendre quelque chose pour prouver à mes copains que je l’ai fait ? Je le laisserais sur le perron…
Il comprit qu’il avait été trop audacieux quand l’homme l’agrippa par le col, le souleva de toute sa hauteur et le plaqua contre un mur.
- Quoi ?
- Désolé, j’aurais pas dû, j’suis désolé, est-ce que j’peux m’en aller maintenant ?
- Non, non, non, attends une petite minute, là, je voudrais être sûr d’avoir bien compris : non seulement tu es entré ici par effraction en cassant une fenêtre, mais en plus tu voulais voler quelque chose ?
- J’voulais rien voler, M’sieur, juste prendre un truc pour prouver que j’étais venu, on l’aurait laissé devant votre porte, on voulait rien voler, M’sieur…
- Qui ça, on ? QUI ÇA, ON ?
- M… Mes copains, M’sieur… Ils attendent dehors, ils…
L’homme le lâche d’un coup et il tomba sur le sol, sans se faire trop mal. L’autre s’était précipité à une fenêtre et scrutait la rue d’un air paniqué.
- Y a personne…
Il eut un petit rire, comme s’il était soulagé.
- Y a personne, bordel !
Daniel voulut se lever et fiche le camp aussi vite que possible, mais l’homme le rattrapa par la cheville et le fit tomber avant qu’il n’ait atteint la porte.
- T’es un petit menteur ! Et tu sais ce que je fais aux petits menteurs ?
Daniel se mit à hurler de terreur : les yeux de l’homme étaient soudain devenus complètements noirs, sans aucune nuance, et il était absolument sûr que ça, là, dans sa bouche, c’était des crocs, des crocs de… De… Pas de… ? Non ? De vampire ?
Puis, d’un coup, sans raison, l’homme le lâcha et recula de plusieurs pas. Il avait la respiration sifflante, mais penchait la tête sur le côté, comme s’il écoutait quelque chose. Daniel n’osait plus remuer un orteil, de peur qu’il ne l’attaque encore. Est-ce qu’il allait finir vider de son sang, enterré à la cave ? Il sentit les larmes couler sur ses joues mais il n’osa pas lever la main pour les essuyer. Il tremblait. L’homme se mit à hocher la tête, tandis que ses yeux reprenaient une couleur normale. Est-ce qu’il avait rêvé ?
- Ouais… Je sais, oui… Je… Je vais essayer… Mais c’est dur, c’est tellement dur… Putain, comme je peux penser à ça ? C’est qu’un gamin… C’est qu’un gamin…
La voix de l’homme se brisa et il tomba sur les genoux. Daniel se redressa précautionneusement. Il n’arrivait pas vraiment à croire ce qu’il voyait… Est-ce que le type qui l’avait attrapé était vraiment en train de pleurer, ou… ?
Il sursauta quand, dans son dos, la porte d’entrée grinça en pivotant sur ses gonds. L’espace d’un instant, il crut que quelqu’un venait d’entrer. Mais il n’y avait personne. La seconde porte, celle qui donnait sur l’extérieur, s’ouvrit à son tour, et il n’avait jamais été aussi soulagé de sentir le froid d’octobre sur ses joues mouillées. Il se dépêcha de se remettre sur ses pieds, tout en surveillant son agresseur du coin de l’œil. Ce dernier sanglotait toujours, à genoux sur le sol, le visage dans ses mains. Daniel fit quelques pas pour s’éloigner de lui, mais l’homme ne fit pas mine de l’arrêter. En fait, il n’était même pas certain qu’il soit encore conscient de sa présence. Le petit garçon détala alors, ne souhaitant pas s’attarder davantage, courut jusqu’au bout de la rue, et ne s’arrêta qu’une fois chez lui.

George passa en fin d’après-midi, le 1er novembre. Il venait de faire les courses, et avait décidé d’en profiter pour s’arrêter devant son ancienne maison et remplir le frigo. Il en profiterait pour prendre des nouvelles de Mitchell, chose qu’il n’avait pas faite depuis longtemps.
Il fut passablement surpris de trouver un petit garçon qui devait avoir neuf ou dix ans, son cartable sur les épaules, une enveloppe à la main, qui se tenait devant la porte et semblait hésiter à sonner.
- Salut, lança le loup-garou.
L’enfant sursauta et se retourna d’un bond. Lisant la panique sur son visage, George s’empressa de le rassurer.
- Non, non, n’ait pas peur, je ne vais pas te faire de mal…
- Vous… Vous habitez ici ?
- Non, je suis venu voir un ami. Je m’appelle George.
- Moi, c’est Daniel.
- Salut, Daniel !
- Salut…
Ils restèrent quelques secondes l’un en face de l’autre, sans rien dire, George dévisageant l’enfant d’un air curieux, ce dernier tournant et retournant son enveloppe entre ses mains.
- Qu’est-ce que tu fais ici, Daniel ?, demanda finalement le loup-garou.
- R… Rien… En fait, hier, j’ai, euh… J’ai cassé un carreau. Alors j’ai amené ça.
Il lui tendait l’enveloppe. George s’en empara et l’ouvrit, découvrant une dizaine de billets et beaucoup de petites pièces.
- J’ai rien de plus, mais je voulais payer pour la fenêtre. Ça se fait pas de démolir la fenêtre d’un fou. Vous voudrez bien donner ça au type qui habite là ?
George lui jeta un coup d’œil inquiet.
- Dis-moi, Daniel, comment est-ce que tu sais que y a un type fou qui habite là ? Tu l’as vu ?
- Ouais. Hier, quand je suis entré, il m’a attrapé.
- Daniel, c’est très important que tu répondes à cette question : est-ce que l’homme que tu as vu dans la maison t’a fait du mal ?
- Non. Il m’a juste attrapé. Il était bizarre, il parlait tout seul. À un moment, j’ai cru qu’il allait m’étrangler ou me mordre, un truc dans ce genre là, et puis il s’est mis à pleurer et il m’a lâché. Et après je me suis sauvé. J’y ai repensé cette nuit, et ce que j’ai fait, c’était vraiment pas bien, alors j’ai pris tout l’argent que j’avais en me disant que je pourrais l’amener après l’école. Vous voulez bien lui donner et lui dire que je suis désolé, s’il-vous-plaît ?
La porte s’ouvrit alors, dans le dos de l’enfant, et Annie se montra.
- Oh, salut George ! C’est le gosse d’hier ? Dis lui que s’il entre, il aura un chocolat chaud, je crois qu’on lui doit au moins ça après la trouille que Mitchell a dû lui flanquer…
Daniel avait sursauté, car il ne pouvait pas voir Annie.
- Pourquoi la porte s’ouvre toute seule ?
- Elle est cassée, il faudrait qu’on la répare, un de ces quatre… Je vais donner ça à Mitchell, c’est gentil de ta part de l’avoir apporté, tu es honnête. Ça te dirait, un chocolat chaud ?
Visiblement, l’idée d’entrer dans la maison avec lui ne semblait pas rassurer le garçon, qui jeta un coup d’œil inquiet à la porte restée ouverte. George essaya de le rassurer :
- Tu ne verras peut-être pas Mitchell, la plupart du temps il reste enfermé dans sa chambre. Mais il fait froid, et t’as l’air d’être un gentil garçon. Je vais rentrer ranger les courses, d’accord ? Si tu changes d’avis, je ne ferme pas la porte.
Sur ces mots, le loup-garou se leva, reprit ses sacs et alla retrouver Annie qui l’attendait dans la cuisine.
- Alors, comment il va ?, demanda-t-il en commençant à remplir les placards et le frigo. Et puis c’est qui, ce gosse ?
- Personne, un petit malin que ses copains avaient mis au défi d’entrer dans la « maison hantée », répondit-elle, en faisant des guillemets avec les doigts.
George la regarda en haussant un sourcil.
- Mitchell avait pas prédit que ça finirait par arriver ?
Annie hocha la tête, l’air triste.
- Il a eu peur. Il a failli le mordre, j’ai réussi à l’arrêter juste à temps. Il est un peu déprimé, il n’a pas bougé de son lit depuis.
- Tu m’étonnes… Ce gosse a de la chance d’être encore en vie.
- Ouais, je sais.
- Vous aussi, vous parlez tout seul ?
Daniel avait apparemment fini par entrer dans la maison et se tenait sur seuil de la cuisine, l’air dubitatif. George se retourna précipitamment vers lui en retirant nerveusement ses lunettes.
- Non, pas du tout, je… Tu es là depuis longtemps ?
- Deux minutes. Mitchell parlait tout seul, cette nuit. Vous êtes dingue aussi ?
- N… Non, pourquoi est-ce que tu dis ça ? Je… J’étais en train… J’étais…
- Au téléphone ?
- Oui ! C’est ça ! Exactement !
- Merci, Daniel, lança Annie d’un air narquois.
George la fusilla du regard. Le petit garçon paraissait sceptique, mais il ne fit pas d’autre commentaire. George finit par remettre ses lunettes et lui tira une chaise tandis qu’Annie allait fermer la porte restée ouverte.
- Tiens, assied-toi. Alors, chocolat chaud, avons-nous dit…
Il se mit à fouiller les sacs et les placards, pour se donner une contenance, et mit une casserole sur la plaque chauffante. Daniel le regardait faire en se mordant la lèvre. Il avait toujours son bonnet sur la tête et son cartable sur le dos. George songea que ses parents avaient dû lui dire mille fois de ne pas entrer dans la maison d’un inconnu et qu’il devait avoir l’impression de faire quelque chose de mal.
- Est-ce que Mitchell est un… Vampire ?
Le loup-garou sursauta et se retourna d’un bond.
- Mais non, pas du tout, quelle drôle d’idée, pourquoi est-ce que tu dis ça ?
- Hier, j’ai cru que… C’est rien, j’avais peur… J’ai dû me tromper.
- Oui, sûrement.
Il versa du lait dans la casserole en soufflant profondément, soudainement pressé que l’enfant s’en aille. Il ne manquerait plus que la curiosité du voisinage soit attirée ici ! Des pas dans l’escalier firent sursauter Daniel, qui se retourna sur sa chaise au moment où Mitchell poussait les portes à double battant de la cuisine.
- Je le sens de là haut, à quoi vous jouez ?, grogna-t-il en désignant l’enfant du menton.
- J’ai pensé qu’on lui devait un chocolat chaud, répondit Annie, en revenant dans la pièce. Après la frousse d’hier.
- L’avait qu’à pas entrer, répondit le vampire en commençant à fouiller dans un des sacs que George n’avait pas encore rangé.
- Si tu cherches des cigarettes, elles sont là, l’informa ce dernier, en lui lançant le paquet qu’il avait gardé dans la poche de son blouson.
- Merci. Salut, au fait, ajouta le vampire, en donnant un petit coup de poing amical dans l’épaule de George. Ça va, à la maison ? Nina, le bébé ?
- Tout le monde va bien.
- Cool. Je remonte. Il ne reste pas, ajouta-t-il à l’adresse d’Annie, en désignant Daniel.
- Excuse-le, souffla George, après qu’il fut parti. Il est un peu bourru, mais il n’est pas… Méchant.
L’enfant haussa les épaules.
- S’il est dingue, il a des excuses…
- Ouais. C’est un peu facile, marmonna le loup-garou, en retournant à la préparation du chocolat chaud.
Il regarda l’enfant boire sa tasse avec prudence, en jetant de petits coups d’œil nerveux autour de lui. Il lui ébouriffa amicalement les cheveux lorsqu’il eut fini.
- Bon, je ne te retiens pas plus longtemps, je vois bien qu’on te fiche la frousse. Et c’est bien d’avoir apporté de l’argent, c’est une preuve d’honnêteté.
Daniel hocha la tête toute en se levant et en réajustant son sac, sur son dos.
- Vous lui direz que je suis désolé ?
- Je le ferais, promit Annie.
- Compte sur moi, répondit George.
Daniel hocha la tête, le remercia pour le chocolat chaud, et s’en alla.

The end (pour l’instant)

Au fait, si vous me demandez l'autorisation, je serais ravie de vous autoriser à publier ma fic ailleurs que sur ce blog (en précisant que j'en suis l'auteur, bien sûr). Si vous le faîtes sans me le demander, là je risque d'être beaucoup moins ravie...

Bienvenue à tous !

Salut tout le monde !! Étant à la fois une lectrice et une auteur de fanfictions, j'ai décidé de répertorier mes textes ici. La plupart d'entre eux sont publiés sur le site www.fanfictions.net, sous la signature de Rosa020. Mais tout d'abord, une petite introduction...
Fanfiction, kesako ? Ayant la flemme de vous copier/coller la définition qu'en donne wikipédia, je vais vous expliquer moi-même (ce que je viens d'écrire est d'une logique implacable), en espérant que ce ne sera pas trop désordonné. Pour écrire ou lire une fanfiction, il faut être fan d'une fiction, peu importe laquelle : film, série TV, livre, manga, bande dessinée ou même jeux vidéo. Y a même des oufs qui écrivent des fanfictions sur des groupes de musique. En fait le concept est d'une simplicité enfantine : fanfiction = fiction écrite par les fans pour les fans. Exemple le plus courant : sur le site que je vous donne plus haut, vous trouverez pléthore d'histoires autour de Harry Potter. Les héros peuvent en être ceux que nous connaissons dans les livres et les films. Mais on trouve aussi beaucoup de textes racontant Poudlard au temps des Maraudeurs (la génération des parents des héros, donc), ou encore traitant de la nouvelle génération (les aventures des enfants des héros). Souvent, une fanfiction peut aussi être le moyen de mettre en couple des personnages qu'on voudrait voir ensembles mais qui ne le sont pas dans la fiction originale. Pour rester dans l'exemple de Harry Potter, nombre de fans ont écris sur le couple Hermione/Drago, et bien d'autres encore plus improbables (croyez moi sur parole, j'ai vu des trucs complètement hallucinants, la folie des fans n'a absolument aucune limite !!).
En ce qui me concerne, vous trouverez ici des fanfictions sur le film Matrix et les séries Heroes, Fringe, Being Human, et probablement quelques autres, même si celles-là ne sont pas encore terminées. Voilà, j'espère avoir beaucoup de lecteur et de commentaires. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !