Halloween
Et on commence avec une mini-fic sur l'univers de Being Human : La Confrérie de l'étrange. J'ai écris ça tout récemment (en fait, j'ai mis le dernier point y a pas cinq minutes...), alors que je suis en plein deuil de mon personnage préféré (vous me trouverez pathétique si je vous dis qu'il m'arrive de pleurer dans mon oreiller juste en y repensant ? Oui ? Alors je ne vous le dis pas.). N'hésitez pas à commenter, surtout ! Il y aura peut-être une suite, et très probablement une fic plus longue pour expliquer tout ce qui s'est passé avant.
Marco était
très fier de son déguisement. Il avait passé énormément de temps à le préparer.
Il avait fabriqué le masque lui-même, et pour le reste il s’était servi de
vieux vêtements qu’il avait déchirés, salis et rapiécés. Il était déguisé en Frankenstein.
À présent, il se cachait derrière un arbre et attendait que Simon et Daniel ne
se pointent. Il avait dans l’idée de surgir dans leurs dos en criant
« Bouh ! » et de leur flanquer une belle frousse. Ça serait
marrant. Après, ils iraient récolter des bonbons avec les autres, et ils
devaient finir la nuit chez Simon, à se raconter des histoires effrayantes en
dévorant leur butin. Ça allait être un Halloween d’enfer, il le savait !
La soirée
commença plutôt mal : Daniel et Simon arrivèrent derrière lui sans qu’il
ne les voit, et c’est lui qui sursauta, finalement. Bon, pour ça c’était raté.
Mais ce n’était pas grave ! Ils allaient faire peur à plein de gens et
beaucoup s’amuser. Marco inspecta les costumes de ses copains. Simon était en
squelette, avec le masque de Scream sur le visage, et Daniel avait visiblement
essayé de se déguiser en vampire : il avait de fausses dents dans la
bouche et une cape noire. Ils se moquèrent un peu les uns des autres, comme
d’habitude, même si Marco savait bien qu’ils étaient très impressionnés.
- Venez, dit
Simon. Il faut qu’on se dépêche, sinon il n’y aura plus de bonbons pour
nous !
Ils se
précipitèrent sur la première porte venue, sonnèrent à plusieurs reprises et
hurlèrent :
- Des bonbons
ou une farce !, à l’instant où la porte fut ouverte.
Les habitants
des lieux éclatèrent de rire et les couvrirent de sucreries. C’est passablement
ravis qu’ils poursuivirent leur tournée.
À minuit, Simon
suggéra qu’ils rentrent chez lui pour finir la soirée dans sa chambre. Marco
tournait sur lui-même, cherchant une dernière maison à visiter avant de finir
leur tournée.
- Là !,
s’exclama-t-il soudain.
Elle était
parfaite : une vieille enseigne en métal grinçait en se balançant à cause
du vent, et il n’y avait pas de lumière. La parfaite maison hantée !
- T’es
fou !, l’arrêta Daniel en lui agrippant le bras. Il faut pas enter
là ! De toute façon, y a personne, tu vois bien que y a pas de
lumière !
- T’as la
trouille ?, railla son copain.
- Il a raison,
intervint Simon. Maman m’a toujours dit de ne pas m’approcher de cette maison.
Il paraît qu’elle est habitée par un cinglé
- C’est des
histoires, poursuivit Daniel. Moi je suis sûr qu’elle est hantée. Je passe devant,
parfois, et la porte d’entrée s’ouvre toute seule. Moi je m’en approche pas…
- Moi non plus,
renchérit Simon.
- Bande de
trouillards !
Marco eut
soudain une idée pour les convaincre, et il se tourna vers eux avec un immense
sourire.
- Très bien,
alors. Ce sera le défi de cette année !
Chaque année
depuis qu’ils fêtaient Halloween ensembles, les trois petits garçons mettaient
l’un d’eux au défi de faire quelque chose d’effrayant. L’an passé, Marco était
allé roder dans le cimetière, sans lumière, et il avait même fini par s’y
perdre. L’année d’avant, Simon s’était laissé enfermé dans un musée, après la
fermeture. Daniel se mit à trembler.
- Non… Non,
j’veux pas…
- Tu peux pas
refuser !
- C’est vrai,
acquiesça Simon, soulagé que ça ne soit pas son tour. C’est la règle. Un défi
par an, chacun son tour. C’est Marco qui s’y est collé, l’année dernière, alors
c’est à lui de choisir ton défi.
- Mais c’est
pas mon tour…
- Si !,
s’exclama Marco. L’an dernier c’était moi, celle d’avant c’était Simon. Alors
maintenant c’est ton tour ! Mais peut-être que tu es un dégonflé… ?
- Non !,
s’écria aussitôt Daniel.
- Oh, allez,
soupira Simon. Tu n’as qu’à aller sonner à la porte et réclamer des bonbons.
Dans le pire des cas, le propriétaire t’enverra te faire voir.
- Et si
personne répond ?
- Alors casse
un carreau et entre par une fenêtre, décida Marco, qui était impossible à
arrêter quand il avait une idée en tête. Vole quelque chose, n’importe quoi,
pour prouver que tu l’as fait. On le laissera sur le perron pour montrer qu’on
est honnêtes. Et ensuite on pourra aller chez Simon.
Daniel
regardait autour de lui en frissonnant. Il se faisait tard. La rue était
presque déserte, les derniers enfants rentraient chez eux. Ils seraient bientôt
tout seul devant cette grand maison effrayante, et en plus il faisait froid. Et
il connaissait suffisamment Marco pour savoir qu’il ne le lâcherait pas tant
qu’il n’aurait pas relevé le défi. Alors autant en finir le plus vite possible…
Dans une heure, ils seraient chez Simon.
- D’accord,
souffla-t-il.
-
Génial !, s’exclama Marco en lui tapant l’épaule. On va s’asseoir sur le
banc, là-bas, avec Simon, comme ça on peut te surveiller.
- Dépêche-toi,
on crève de froid, ici, ajouta Simon, avant de s’éloigner à la suite de son
ami.
Daniel les
regarda prendre place sur le dossier du banc, les pieds sur les planches. Puis,
il prit une profonde inspiration, se retourna et s’approcha du portail. Il se
souvenait que, un ou deux ans auparavant, il y avait eu une arrestation, ici.
La police était venue nombreuse, des hommes avec des fusils et des tasers
étaient entrés, on avait collé des banderoles devant la porte. Il était à
l’école quand ça s’était produit, mais le lendemain, tout le monde en parlait
dans la cour, et Marco avait tenu à ce qu’ils passent devant la maison, en
rentrant chez eux, « juste pour jeter un coup d’œil ». Le petit
garçon frissona et s’efforça de ne pas y penser tandis qu’il s’avançait dans
l’allée qui menait à la porte d’entrée.
- Pitié, faîtes
que quelqu’un vienne ouvrir, s’il-vous-plaît, s’il-vous-plait, chuchotait
Daniel.
Il ferma les
yeux au moment d’appuyer sur la sonnette, et il l’entendit résonner dans les
entrailles de la maison. Il attendit patiemment. Il fut soulagé d’entendre une
porte grincer, quelque part, et le craquement des marches de l’escalier, bien
qu’aucune lumière n’ait été allumée. Peut-être y avait-il une panne de courant…
Au bout de cinq
minutes, il dut bien se rendre à l’évidence : personne ne viendrait lui
ouvrir. Pourtant, il était sûr d’avoir entendu quelqu’un, et la dernière chose
dont il avait envie c’était d’entrer par une fenêtre et de se faire surprendre.
Prenant son courage à deux mains, il donna un second coup de sonnette, un peu
plus long que le précédent.
-
S’il-vous-plaît, s’il-vous-plaît, s’il-vous-plaît…
Il piétinait,
dans le froid. Mais la porte ne s’ouvrit pas. Hésitant, il tourna la tête,
espérant presque que Marco et Simon lui feraient signe de les rejoindre et
qu’ils s’en iraient sans insister davantage. Mais ses deux copains le
regardaient, toujours assis sur leur banc, et Marco lui fit même signe de se
bouger. Avec un profond soupir, le petit garçon s’éloigna de la porte et
s’approcha d’une fenêtre. Elle était bien entendu fermée, et le store était
même tiré à l’intérieur. Se baissant, l’enfant ramassa une pierre assez grosse
et, protégeant son visage avec un bras, il la jeta dans la vitre. Ça fit un
bruit d’enfer en passant au travers, cassant le store au passage. Daniel
tremblait. S’il faisait vite, il devrait avoir le temps d’entrer, prendre
n’importe quoi au hasard, et ressortir.
- Pitié, pitié,
pitié…
Il se servit de
sa cape de vampire pour ne pas se couper en traversant la fenêtre brisée, et il
écarta avec les mains les restes du store. Il y avait un canapé juste sous la
fenêtre, il s’y laissa tomber, puis sauta à terre. Il faisait noir. Il avait
peur de ne pas retrouver la fenêtre, s’il s’en éloignait. Mais comment
ferait-il pour trouver quelque chose à voler ? Inspirant profondément, il
fit quelques pas dans la pièce. Ses yeux s’habituaient progressivement à
l’obscurité, et il commençait à distinguer les contours des meubles. Il devait
y avoir des bibelots sur les étagères, peut-être une tasse oubliée sur une
table, il lui suffirait de tendre la main… Il avança encore, devinant mieux
qu’il ne voyait les obstacles : une table basse, un fauteuil, une
télévision, une chaise… Un peu de lumière devait filtrer par une fenêtre de
l’étage, lui permettant de distinguer l’escalier… Il y avait quelque chose dans
l’escalier… Était-il possible qu’un objet quelconque y soit tombé et que
personne ne l’ait ramassé ? Décidé à en avoir le cœur net, et profitant de
ce que son entrée semblait n’avoir alerté personne, il s’avança, les mains en
avant pour s’aider. Quand il réalisa qu’il n’y avait pas quelque chose, mais
quelqu’un dans l’escalier, il en était désormais trop proche pour échapper aux
mains qui se saisirent de lui.
Simon et Marco
faillirent tomber de leur banc quand un hurlement jaillit de la maison hantée.
- C’était Danny ?,
demanda Simon.
À l’intérieur,
il y eut un bruit d’objet brisé, puis de chute. Simon et Marco échangèrent un bref
regard. Puis, sans se concerter, ils bondirent de leur banc et détalèrent à
toutes jambes, chacun dans une direction différente. À neuf ans, on n’est pas
tenu d’être excessivement courageux.
- Nom de Dieu,
Annie, tu peux m’expliquer comment il a pu entrer ?
Daniel ne
savait pas ce qui lui faisait le plus peur : l’homme qui le tenait par le
col de sa veste et avait une main plaquée sur sa bouche, ou le fait que cet
homme soit visiblement en train de parler tout seul ?
- Je sais que
la porte est fermée, mais tu es descendue quand il a sonné, tu n’as pas vu
qu’il attaquait la fenêtre ?
Daniel
recommença à se débattre. La main qui était plaquée sur sa bouche le lâcha,
mais l’autre resta fermement agrippée à sa veste. Quand la lumière s’alluma
d’un coup, il fut si ébloui qu’il dut garder les yeux fermés pendant plusieurs
secondes.
- Il ne devrait
pas être là… Il faut qu’il parte tout de suite !
- D’accord,
j’vais partir, j’vais partir, pardon, pardon…, balbutia l’enfant.
- Bon, je te
lâche, alors. Mais si tu te remets à crier et à courir, je t’attache, c’est
clair ?
Il hocha
désespérément la tête, voyant toujours trop flou pour faire le point sur le
visage de l’homme qui l’avait attrapé. Il fut infiniment soulagé de sentir la
prise qui le tenait se desserrer jusqu’à le lâcher complètement.
- Ouais, c’est
sûr que c’est ironique…
- À qui vous
parlez ?, demanda Daniel.
Il parvenait
enfin à voir ce qui l’entourait. Il se trouvait toujours au pied de l’escalier.
L’homme était assis sur la première marche. Il était pieds nus, portant juste
un jean et un débardeur noir. Il semblait partagé entre l’agacement et un
certain degré de peur. Daniel se demanda s’il était possible qu’il eut peut de
lui…
- À personne,
répondit-il. Je parle tout seul. On t’a pas dit que y avait un dingue qui
habitait ici ? Qu’est-ce que tu fous là ? Pourquoi t’as cassé la
fenêtre ?
- Je… Je…
C’était un défi…
Il s’attendait
à toutes sortes de réaction, mais certainement pas à celle-là : l’homme se
leva brutalement, le faisant reculer, et s’exclama, presque triomphant, et
s’adressant visiblement au mur :
- Ah ! Tu
vois ! Je t’avais dit que ça arriverait, j’en étais sûr ! Ça pouvait
pas louper !
Prenant son
courage à deux mains, Daniel s’efforça de faire le point sans paniquer :
il avait réussi à entrer dans la maison, s’était fait surprendre par un
propriétaire visiblement complètement fou, mais qui ne semblait pas avoir
l’intention de lui faire du mal. Prenant son courage à deux mains, il osa
demander, songeant qu’il n’avait pas grand chose à perdre :
- Monsieur, je
peux prendre quelque chose pour prouver à mes copains que je l’ai fait ?
Je le laisserais sur le perron…
Il comprit
qu’il avait été trop audacieux quand l’homme l’agrippa par le col, le souleva
de toute sa hauteur et le plaqua contre un mur.
- Quoi ?
- Désolé,
j’aurais pas dû, j’suis désolé, est-ce que j’peux m’en aller maintenant ?
- Non, non,
non, attends une petite minute, là, je voudrais être sûr d’avoir bien
compris : non seulement tu es entré ici par effraction en cassant une
fenêtre, mais en plus tu voulais voler quelque chose ?
- J’voulais
rien voler, M’sieur, juste prendre un truc pour prouver que j’étais venu, on
l’aurait laissé devant votre porte, on voulait rien voler, M’sieur…
- Qui ça,
on ? QUI ÇA, ON ?
- M… Mes
copains, M’sieur… Ils attendent dehors, ils…
L’homme le
lâche d’un coup et il tomba sur le sol, sans se faire trop mal. L’autre s’était
précipité à une fenêtre et scrutait la rue d’un air paniqué.
- Y a personne…
Il eut un petit
rire, comme s’il était soulagé.
- Y a personne,
bordel !
Daniel voulut
se lever et fiche le camp aussi vite que possible, mais l’homme le rattrapa par
la cheville et le fit tomber avant qu’il n’ait atteint la porte.
- T’es un petit
menteur ! Et tu sais ce que je fais aux petits menteurs ?
Daniel se mit à
hurler de terreur : les yeux de l’homme étaient soudain devenus
complètements noirs, sans aucune nuance, et il était absolument sûr que ça, là,
dans sa bouche, c’était des crocs, des crocs de… De… Pas de… ? Non ?
De vampire ?
Puis, d’un
coup, sans raison, l’homme le lâcha et recula de plusieurs pas. Il avait la
respiration sifflante, mais penchait la tête sur le côté, comme s’il écoutait
quelque chose. Daniel n’osait plus remuer un orteil, de peur qu’il ne l’attaque
encore. Est-ce qu’il allait finir vider de son sang, enterré à la cave ?
Il sentit les larmes couler sur ses joues mais il n’osa pas lever la main pour
les essuyer. Il tremblait. L’homme se mit à hocher la tête, tandis que ses yeux
reprenaient une couleur normale. Est-ce qu’il avait rêvé ?
- Ouais… Je
sais, oui… Je… Je vais essayer… Mais c’est dur, c’est tellement dur… Putain,
comme je peux penser à ça ? C’est qu’un gamin… C’est qu’un gamin…
La voix de
l’homme se brisa et il tomba sur les genoux. Daniel se redressa
précautionneusement. Il n’arrivait pas vraiment à croire ce qu’il voyait…
Est-ce que le type qui l’avait attrapé était vraiment en train de pleurer,
ou… ?
Il sursauta
quand, dans son dos, la porte d’entrée grinça en pivotant sur ses gonds.
L’espace d’un instant, il crut que quelqu’un venait d’entrer. Mais il n’y avait
personne. La seconde porte, celle qui donnait sur l’extérieur, s’ouvrit à son
tour, et il n’avait jamais été aussi soulagé de sentir le froid d’octobre sur
ses joues mouillées. Il se dépêcha de se remettre sur ses pieds, tout en
surveillant son agresseur du coin de l’œil. Ce dernier sanglotait toujours, à
genoux sur le sol, le visage dans ses mains. Daniel fit quelques pas pour
s’éloigner de lui, mais l’homme ne fit pas mine de l’arrêter. En fait, il
n’était même pas certain qu’il soit encore conscient de sa présence. Le petit
garçon détala alors, ne souhaitant pas s’attarder davantage, courut jusqu’au
bout de la rue, et ne s’arrêta qu’une fois chez lui.
George passa en
fin d’après-midi, le 1er novembre. Il venait de faire les courses,
et avait décidé d’en profiter pour s’arrêter devant son ancienne maison et
remplir le frigo. Il en profiterait pour prendre des nouvelles de Mitchell,
chose qu’il n’avait pas faite depuis longtemps.
Il fut
passablement surpris de trouver un petit garçon qui devait avoir neuf ou dix
ans, son cartable sur les épaules, une enveloppe à la main, qui se tenait
devant la porte et semblait hésiter à sonner.
- Salut, lança
le loup-garou.
L’enfant
sursauta et se retourna d’un bond. Lisant la panique sur son visage, George
s’empressa de le rassurer.
- Non, non,
n’ait pas peur, je ne vais pas te faire de mal…
- Vous… Vous
habitez ici ?
- Non, je suis
venu voir un ami. Je m’appelle George.
- Moi, c’est
Daniel.
- Salut,
Daniel !
- Salut…
Ils restèrent
quelques secondes l’un en face de l’autre, sans rien dire, George dévisageant
l’enfant d’un air curieux, ce dernier tournant et retournant son enveloppe
entre ses mains.
- Qu’est-ce que
tu fais ici, Daniel ?, demanda finalement le loup-garou.
- R… Rien… En
fait, hier, j’ai, euh… J’ai cassé un carreau. Alors j’ai amené ça.
Il lui tendait
l’enveloppe. George s’en empara et l’ouvrit, découvrant une dizaine de billets
et beaucoup de petites pièces.
- J’ai rien de
plus, mais je voulais payer pour la fenêtre. Ça se fait pas de démolir la
fenêtre d’un fou. Vous voudrez bien donner ça au type qui habite là ?
George lui jeta
un coup d’œil inquiet.
- Dis-moi,
Daniel, comment est-ce que tu sais que y a un type fou qui habite là ? Tu
l’as vu ?
- Ouais. Hier,
quand je suis entré, il m’a attrapé.
- Daniel, c’est
très important que tu répondes à cette question : est-ce que l’homme que
tu as vu dans la maison t’a fait du mal ?
- Non. Il m’a
juste attrapé. Il était bizarre, il parlait tout seul. À un moment, j’ai cru
qu’il allait m’étrangler ou me mordre, un truc dans ce genre là, et puis il
s’est mis à pleurer et il m’a lâché. Et après je me suis sauvé. J’y ai repensé
cette nuit, et ce que j’ai fait, c’était vraiment pas bien, alors j’ai pris
tout l’argent que j’avais en me disant que je pourrais l’amener après l’école.
Vous voulez bien lui donner et lui dire que je suis désolé,
s’il-vous-plaît ?
La porte
s’ouvrit alors, dans le dos de l’enfant, et Annie se montra.
- Oh, salut
George ! C’est le gosse d’hier ? Dis lui que s’il entre, il aura un
chocolat chaud, je crois qu’on lui doit au moins ça après la trouille que Mitchell
a dû lui flanquer…
Daniel avait
sursauté, car il ne pouvait pas voir Annie.
- Pourquoi la
porte s’ouvre toute seule ?
- Elle est
cassée, il faudrait qu’on la répare, un de ces quatre… Je vais donner ça à
Mitchell, c’est gentil de ta part de l’avoir apporté, tu es honnête. Ça te
dirait, un chocolat chaud ?
Visiblement,
l’idée d’entrer dans la maison avec lui ne semblait pas rassurer le garçon, qui
jeta un coup d’œil inquiet à la porte restée ouverte. George essaya de le
rassurer :
- Tu ne verras
peut-être pas Mitchell, la plupart du temps il reste enfermé dans sa chambre.
Mais il fait froid, et t’as l’air d’être un gentil garçon. Je vais rentrer
ranger les courses, d’accord ? Si tu changes d’avis, je ne ferme pas la
porte.
Sur ces mots,
le loup-garou se leva, reprit ses sacs et alla retrouver Annie qui l’attendait
dans la cuisine.
- Alors,
comment il va ?, demanda-t-il en commençant à remplir les placards et le
frigo. Et puis c’est qui, ce gosse ?
- Personne, un
petit malin que ses copains avaient mis au défi d’entrer dans la « maison hantée »,
répondit-elle, en faisant des guillemets avec les doigts.
George la
regarda en haussant un sourcil.
- Mitchell
avait pas prédit que ça finirait par arriver ?
Annie hocha la
tête, l’air triste.
- Il a eu peur.
Il a failli le mordre, j’ai réussi à l’arrêter juste à temps. Il est un peu
déprimé, il n’a pas bougé de son lit depuis.
- Tu m’étonnes…
Ce gosse a de la chance d’être encore en vie.
- Ouais, je
sais.
- Vous aussi,
vous parlez tout seul ?
Daniel avait apparemment
fini par entrer dans la maison et se tenait sur seuil de la cuisine, l’air
dubitatif. George se retourna précipitamment vers lui en retirant nerveusement
ses lunettes.
- Non, pas du
tout, je… Tu es là depuis longtemps ?
- Deux minutes.
Mitchell parlait tout seul, cette nuit. Vous êtes dingue aussi ?
- N… Non,
pourquoi est-ce que tu dis ça ? Je… J’étais en train… J’étais…
- Au téléphone ?
- Oui !
C’est ça ! Exactement !
- Merci,
Daniel, lança Annie d’un air narquois.
George la
fusilla du regard. Le petit garçon paraissait sceptique, mais il ne fit pas
d’autre commentaire. George finit par remettre ses lunettes et lui tira une
chaise tandis qu’Annie allait fermer la porte restée ouverte.
- Tiens,
assied-toi. Alors, chocolat chaud, avons-nous dit…
Il se mit à
fouiller les sacs et les placards, pour se donner une contenance, et mit une
casserole sur la plaque chauffante. Daniel le regardait faire en se mordant la
lèvre. Il avait toujours son bonnet sur la tête et son cartable sur le dos.
George songea que ses parents avaient dû lui dire mille fois de ne pas entrer
dans la maison d’un inconnu et qu’il devait avoir l’impression de faire quelque
chose de mal.
- Est-ce que
Mitchell est un… Vampire ?
Le loup-garou
sursauta et se retourna d’un bond.
- Mais non, pas
du tout, quelle drôle d’idée, pourquoi est-ce que tu dis ça ?
- Hier, j’ai
cru que… C’est rien, j’avais peur… J’ai dû me tromper.
- Oui,
sûrement.
Il versa du
lait dans la casserole en soufflant profondément, soudainement pressé que
l’enfant s’en aille. Il ne manquerait plus que la curiosité du voisinage soit
attirée ici ! Des pas dans l’escalier firent sursauter Daniel, qui se
retourna sur sa chaise au moment où Mitchell poussait les portes à double
battant de la cuisine.
- Je le sens de
là haut, à quoi vous jouez ?, grogna-t-il en désignant l’enfant du menton.
- J’ai pensé
qu’on lui devait un chocolat chaud, répondit Annie, en revenant dans la pièce.
Après la frousse d’hier.
- L’avait qu’à
pas entrer, répondit le vampire en commençant à fouiller dans un des sacs que
George n’avait pas encore rangé.
- Si tu
cherches des cigarettes, elles sont là, l’informa ce dernier, en lui lançant le
paquet qu’il avait gardé dans la poche de son blouson.
- Merci. Salut,
au fait, ajouta le vampire, en donnant un petit coup de poing amical dans
l’épaule de George. Ça va, à la maison ? Nina, le bébé ?
- Tout le monde
va bien.
- Cool. Je
remonte. Il ne reste pas, ajouta-t-il à l’adresse d’Annie, en désignant Daniel.
- Excuse-le,
souffla George, après qu’il fut parti. Il est un peu bourru, mais il n’est pas…
Méchant.
L’enfant haussa
les épaules.
- S’il est
dingue, il a des excuses…
- Ouais. C’est
un peu facile, marmonna le loup-garou, en retournant à la préparation du
chocolat chaud.
Il regarda
l’enfant boire sa tasse avec prudence, en jetant de petits coups d’œil nerveux
autour de lui. Il lui ébouriffa amicalement les cheveux lorsqu’il eut fini.
- Bon, je ne te
retiens pas plus longtemps, je vois bien qu’on te fiche la frousse. Et c’est
bien d’avoir apporté de l’argent, c’est une preuve d’honnêteté.
Daniel hocha la
tête toute en se levant et en réajustant son sac, sur son dos.
- Vous lui
direz que je suis désolé ?
- Je le ferais,
promit Annie.
- Compte sur
moi, répondit George.
Daniel hocha la
tête, le remercia pour le chocolat chaud, et s’en alla.
The end (pour
l’instant)
Au fait, si vous me demandez l'autorisation, je serais ravie de vous autoriser à publier ma fic ailleurs que sur ce blog (en précisant que j'en suis l'auteur, bien sûr). Si vous le faîtes sans me le demander, là je risque d'être beaucoup moins ravie...

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